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Livres : les labels « écrit par un humain » se multiplient

Librinova, Books By People et l’Authors Guild proposent des labels « écrit par un humain », mais certains acteurs du livre craignent des contrôles faciles à contourner.

Maëlle Pinson Par Maëlle Pinson
4 min de lecture
Livres : les labels « écrit par un humain » se multiplient
Livres anciens, stylo plume et encrier sur un bureau en bois : une scène d’écriture, à titre purement illustratif.

À la foire du livre de Francfort, cette semaine, des labels britanniques, français et allemands ont été présentés pour attester qu’un livre est bien l’œuvre d’un humain. Le détail ci-dessous porte sur trois dispositifs, l’un français, l’un britannique et l’un américain.

En bref

  • Le détail ci-dessous porte sur trois dispositifs, l’un français, l’un britannique et l’un américain.
  • L’autrice a assuré au New York Times n’avoir pas utilisé l’IA elle-même, tout en reconnaissant qu’une connaissance chargée d’éditer ce texte, d’abord autoédité, s’en était servie.
  • À ses yeux, des grilles se contentant de classer le degré d’usage de l’IA risquent de ne pas suffire.

Le salon allemand a été traversé par de vifs débats sur la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire. Ces labels, qui se multiplient, répondent à une question simple en apparence : comment garantir au lecteur qu’un roman sort d’une plume et non d’un logiciel ? Leurs réponses diffèrent pourtant beaucoup d’un pays à l’autre.

De l’affaire Orélien à Francfort, une série de soupçons

Le mouvement s’est accéléré après plusieurs polémiques. La plus retentissante vise l’écrivain haïtiano-canadien Thélyson Orélien, 38 ans. Tout est parti d’un message publié sur X en septembre, vu 5 millions de fois depuis le 21 septembre, qui affirmait que le premier roman de l’écrivain, C’était ça ou mourir, avait été écrit avec l’aide de l’IA. L’auteur de ce message s’appuyait sur un outil de détection automatique.

Le romancier a fermement démenti et estime que ces attaques sont motivées par le racisme. La controverse a néanmoins entraîné son exclusion de la sélection du prix Goncourt. Pour Charlotte Allibert, cofondatrice de la plateforme d’autoédition et agence littéraire Librinova, l’épisode a été un « vrai tremblement de terre » dans le milieu du livre français, comme le rapporte sudouest.fr.

L’affaire n’était pas isolée. Plus tôt en 2026, Hachette avait renoncé à publier aux États-Unis Shy Girl, roman d’horreur de Mia Ballard, et l’avait retiré de la vente au Royaume-Uni à la suite d’accusations similaires. L’autrice a assuré au New York Times n’avoir pas utilisé l’IA elle-même, tout en reconnaissant qu’une connaissance chargée d’éditer ce texte, d’abord autoédité, s’en était servie.

Trois labels, trois façons de contrôler

200ouvrages certifiés à ce jour par Librinova
6 500livres environ portant la mention de l’Authors Guild
5éditeurs indépendants membres de Books By People

En France, Librinova délivre un label « création humaine ». Selon sa cofondatrice, la demande vient d’une inquiétude grandissante chez les écrivains, surtout ceux qui s’autoéditent. « Ils ont de plus en plus peur d’être soupçonnés d’utiliser l’IA », résume Charlotte Allibert.

Des visiteurs penchés sur des livres à un stand en plein air, une femme feuilletant un ouvrage à couverture verte devant des piles de livres.
Des visiteurs feuillettent des livres sur un stand en plein air, sous une tente, devant des piles d’ouvrages exposés. Source : Pexels. Photographe : Tahir Xəlfəquliyev. Licence Pexels.
Dispositif Pays Méthode Accès
Librinova, « création humaine » France Passage au logiciel de détection, puis entretien avec un auditeur sur le processus d’écriture Ouvrage soumis par l’auteur
Books By People, « littérature organique » Royaume-Uni L’auteur doit être à l’origine du texte ; IA tolérée pour corriger orthographe ou grammaire Éditeurs adhérents contre redevance
Authors Guild, « écrit par un humain » États-Unis Autocertification par l’auteur Label apposé par les auteurs, association d’écrivains

Books By People, start-up britannique, a obtenu cette semaine l’enregistrement officiel de sa certification par l’Office britannique de la propriété intellectuelle. Une fois membres, les maisons peuvent solliciter le label pour les titres de leurs auteurs, et de nouvelles adhésions doivent être annoncées dans les prochains mois. Sa cofondatrice Esme Dennys affiche l’ambition du projet :

« Nous voulons créer un cadre global, transparent et fiable sur lequel éditeurs et auteurs puissent s’appuyer »

Esme Dennys, cofondatrice de Books By People

Une filière qui doute de la solidité des garanties

Tous ne sont pas convaincus. D’après Franceinfo, une partie des professionnels reste sceptique face à ces initiatives encore jeunes.

Les labels offrent aux auteurs, notamment autoédités, un moyen d’attester leur démarche face aux soupçons, avec parfois un audit humain en plus d’un logiciel.

La plupart tolèrent un recours minimal à l’IA, pour la recherche ou la correction, ce qui laisserait trop de place à l’interprétation ; certains craignent aussi que leurs contrôles soient faciles à déjouer.

Sebastian Guggolz, qui dirige l’Association des éditeurs et libraires allemands, juge que le secteur peine à arrêter une stratégie. À ses yeux, des grilles se contentant de classer le degré d’usage de l’IA risquent de ne pas suffire. Il appelle chacun à réfléchir plus largement : « La question doit être posée de manière plus approfondie, elle doit être adressée à chaque individu et à l’ensemble de la profession : comment voulons-nous rendre nos pratiques transparentes ? »

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : COPPERTIST WU. Licence Pexels.