Stephan Eicher refuse le mot littérature pour ses propres chansons
Entre feuilles imprimées, police Helvetica et attente devant le piano, le chanteur suisse explique comment les textes de Philippe Djian deviennent des chansons.
En bref
- Stephan Eicher refuse le mot littérature pour ses propres écrits.
- Philippe Djian signe les textes de l’album « Poussière d’or ».
- Son rituel passe par l’impression du texte, le choix d’une police et l’attente au piano.
- Il jette beaucoup de ses dessins et dit chercher le plaisir du geste.
Celui dont les chansons se lisent autant qu’elles s’écoutent refuse pourtant l’étiquette d’écrivain. Stephan Eicher, auteur, compositeur et interprète suisse, a livré cette mise au point dans l’épisode 5 de sa semaine d’invité du Monde d’Elodie, diffusé par franceinfo. L’épisode, intitulé « Sauvage continent », reprend le titre d’une chanson de son dernier album, « Poussière d’or », dont il défend la tournée dans toute la France.
Un album en dialogue avec la littérature
Selon franceinfo, la présence des écrivains se ressent fortement dans « Poussière d’or », au point que les chansons ressemblent à des fragments de récits et à des éclats de poésie. La main qui signe est celle de Philippe Djian, décrit par franceinfo comme l’encre qui a nourri l’écriture de ces chansons. Eicher cite aussi Martin Suter parmi les écrivains qui écrivent pour lui.
Le chanteur trace pourtant une frontière nette entre son travail et celui de ses auteurs. Il déclare : « Ce que Philippe Djian a écrit, c’est de la littérature. » Pour son propre geste, il emploie une autre image : « Je ne fais pas de la littérature, je fais plutôt des longues listes de courses émotionnelles. »
Il glisse aussi, avec humour : « Les écrivains, ils savent cuisiner. » Il range les écrivains parmi ses amis artistes préférés et précise que même Philippe Djian met, dans chacun de ses livres, un chili con carne puis des White Russian. Quant à la raison d’être du disque, il la formule ainsi : « J’ai fait ce disque, Poussière d’Or , parce que j’adore chanter et tant mieux si les paroles sont si sublimes. »
Le rituel : du papier imprimé au piano
Eicher décrit une méthode très concrète. Il collectionne les stylos et les papiers, au point que sa femme lui conseille de voir un docteur. Le texte de Djian traverse plusieurs gestes avant de devenir chanson :
- Il imprime le texte de Philippe Djian sur un papier choisi.
- Il recommence deux ou trois fois, jusqu’à trouver la bonne police. Celle du dernier disque est l’Helvetica.
- Il pose la feuille sur le piano et la regarde, en méditant sur les phrases.
- Il attend que quelque chose résonne, comme un pêcheur amateur ou un chercheur de trésors.
Une fois la ligne à l’eau, dit-il, il faut lui laisser la paix. Il se compare à un chercheur de trésors qui réagit au bip de son détecteur et creuse comme les chiens à la plage. Il y trouve parfois une vieille boîte de conserve, et parfois une petite miette d’or, qui fait de lui l’homme le plus heureux de l’univers.
Écrire en amateur, jeter sans regret
Cette modestie est revendiquée. Eicher dit écrire énormément et dessiner « avec le plaisir d’un amateur maladroit », sans penser que ses écrits sortent de son petit livre. Sa raison d’écrire tient en une phrase :
« J’écris pour comprendre et ne pas oublier. »
Stephan Eicher, auteur, compositeur et interprète suisse
Il affirme aussi faire beaucoup de choses qu’il jette, notamment des dessins. Dans un train, quelqu’un lui a demandé s’il pouvait en garder un, et il lui a répondu de tout prendre, puisqu’il allait les jeter. Il ne cherche pas à être éternel, dit-il, mais le plaisir du geste.
« Sauvage continent », être à la maison
À propos de la chanson qui donne son titre à l’épisode, Eicher raconte que, quand il chante, des choses se passent soudain, comme s’il avait pris un champignon. Il se dit « à la maison » dans cette chanson, où il accepte les sauvageries du monde comme les choses belles et horribles qui le composent. Être témoin une milliseconde et en faire partie, ajoute-t-il, lui plaît, tout comme échanger avec son interlocutrice dans le studio.
Photo : Jana T. / Pexels
