Adèle Yon refuse que son essai devienne le double scientifique de son premier livre

L’autrice et chercheuse publie un essai exigeant sur la démarche qui sous-tend son premier livre, en refusant qu’il serve de simple glose à son récit familial.

Maëlle Pinson Par Maëlle Pinson
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Adèle Yon refuse que son essai devienne le double scientifique de son premier livre
Un livre ouvert dispose sur un bureau en bois pres d une lampe.

En bref

  • Adèle Yon publie « Enquête sur le double fantôme », un essai exigeant.
  • Il revient sur la démarche intellectuelle liée à son premier livre, paru en 2025.
  • L’autrice ne veut pas en faire le double académique ou scientifique de son récit.

Peut-on expliquer un livre sans l’abîmer ? Adèle Yon se confronte à cette question avec « Enquête sur le double fantôme », un essai consacré à la manière dont elle a conçu son premier ouvrage. Télérama le qualifie de texte exigeant et rappelle que son autrice est aussi chercheuse.

Un essai tourné vers la fabrique du livre

Dans cet ouvrage, Adèle Yon met au jour le cheminement intellectuel qui a nourri l’écriture de son récit initial. Le sujet touche donc à la fabrique de l’œuvre : comment une recherche devient un livre, et ce qu’elle engage chez celle qui la conduit.

L’essai ne se présente pourtant pas comme un mode d’emploi. D’après Télérama, il n’est ni une explication de texte ni l’exposition de l’échafaudage théorique du récit. Le lecteur n’y trouvera donc pas une clé qui ouvrirait le premier livre de l’extérieur, mais un texte distinct, écrit par la même plume.

Le sous-titre de l’article de Télérama, publié le 28 octobre 2026, range ce livre parmi les essais de la rubrique Livres. Le magazine y voit la trace d’une démarche qui a accompagné la création du premier ouvrage, et non un texte venu après coup pour en réorienter la lecture. L’autrice y est présentée sous deux casquettes, celle d’écrivaine et celle de chercheuse, que l’essai ne cherche pas à dissocier.

Le livre d’origine : le destin d’une arrière-grand-mère

« Mon vrai nom est Élisabeth » est un récit paru en 2025. Adèle Yon y suit avec minutie le parcours de son arrière-grand-mère, à qui l’on avait diagnostiqué une schizophrénie. Son époux et son père ont demandé qu’elle soit lobotomisée ; elle a ensuite été internée pendant de longues années.

Télérama décrit ce livre comme un phénomène éditorial. L’essai s’inscrit dans ce sillage : ceux qui ont lu le récit disposent désormais d’un second texte, de la même autrice, sur le chemin intellectuel qui a accompagné sa naissance. Pour les autres, l’histoire d’Élisabeth reste le point de départ de tout le projet.

Plusieurs piles de livres disposées à l’horizontale sur les étagères d’un meuble blanc.
Piles d’ouvrages empilés sur les étagères d’une bibliothèque. Photo : Josh Kobayashi / Pexels

La trajectoire d’Élisabeth ne se résume pas à un diagnostic. Selon Télérama, la décision de la lobotomie est venue de deux hommes de son entourage, son mari et son père, et elle a été suivie d’un long internement. C’est cette chaîne de décisions familiales et médicales que le premier livre examine de près, avec la minutie d’une enquête.

Le magazine insiste sur ce mot : enquête. Le récit de 2025 repose sur un travail de recherche mené par une descendante, et c’est cette même idée que reprend le titre du nouvel essai.

Pourquoi l’autrice refuse le « double »

Le titre de l’essai évoque un double, et c’est précisément ce que l’autrice cherche à écarter. Elle espère que son texte ne sera pas « le double académique ou, pire, scientifique » de l’œuvre littéraire qu’elle a donnée à lire l’an dernier.

Sa raison tient à la nature du premier livre. Produire un tel double, dit-elle, « aurait signifié détruire à coups de masse la conviction sur laquelle [Mon vrai nom est Élisabeth] est bâti : la recherche ». Adèle Yon, autrice et chercheuse, place ainsi la recherche au fondement du récit, et non dans un appareil théorique plaqué après coup.

Cette position éclaire la manière d’aborder l’essai : non comme un commentaire qui dirait ce que le récit « veut dire », mais comme le prolongement d’une même exigence, celle d’une enquête menée sur le destin d’une femme que la médecine et sa famille ont enfermée.

Le terme de conviction, employé par l’autrice, mérite l’attention : pour Adèle Yon, la recherche n’est pas un outil au service du récit, elle est ce sur quoi tout l’édifice repose. Rédiger un second texte qui jouerait le rôle de doublure scientifique reviendrait, selon ses mots rapportés par Télérama, à briser cet appui à coups de masse.

Photo : Arturo A / Pexels