Avec l’affaire Thélyson Orélien, l’histoire du plagiat éclaire l’arrivée de l’IA en littérature
Selon France Culture, Thélyson Orélien s’est vu reprocher d’avoir écrit avec l’IA, puis d’avoir plagié, et son roman s’est mieux vendu depuis.
En bref
- Selon la radio, ce romancier s’est vu reprocher d’avoir employé l’IA dans l’écriture de C’était ça ou mourir, et il a aussi été accusé de plagiat.
- L’écrivain belge Antoine Wauters y a répondu à sa manière, peu avant la chronique du 10 octobre 2026.
- La radio juge ce résultat unique en son genre.
Le 10 octobre 2026, une chronique de France Culture est revenue sur le cas de l’écrivain canadien Thélyson Orélien. Selon la radio, ce romancier s’est vu reprocher d’avoir employé l’IA dans l’écriture de C’était ça ou mourir, et il a aussi été accusé de plagiat. Sans trancher, la chronique part de ces deux reproches pour relire l’histoire du plagiat, de la Rome antique jusqu’aux modèles d’IA, et pour interroger ce que l’on appelle un auteur.
Deux reproches de nature différente
France Culture distingue nettement les deux griefs. L’usage de l’IA, écrit la radio, prête à discussion. Le plagiat, lui, y est décrit comme la faute littéraire par excellence, celle que l’on ne pardonne pas et qui déshonore. La chronique relève une ironie dans cette affaire : notre longue histoire avec le plagiat pourrait justement aider à penser l’arrivée de l’intelligence artificielle dans l’écriture.
Les questions soulevées par l’affaire
Selon la radio, ce cas a fait surgir des interrogations qu’elle qualifie de vertigineuses. Elle les formule à peu près ainsi :
- un écrivain qui compose avec une machine peut-il se dire l’auteur de son roman ?
- faut-il qu’un humain ait écrit une œuvre pour qu’elle soit littéraire ?
- vaut-il mieux accepter de ne pas savoir, ou bien créer des labels qui certifient qu’un livre a été écrit par un humain ou par une machine ?
- peut-on confier à une IA le soin de dire si un texte porte une valeur humaine ?
Sur ce point, un autre article de salondesauteurs.fr est consacré aux labels « écrit par un humain ».
À Rome, le plagiaire volait des personnes
Pour éclairer le débat, France Culture s’appuie sur les travaux d’Hélène Maurel, chercheuse en littérature qui a retracé l’histoire du plagiat. Elle en donne une origine antique : à Rome, le mot plagios désignait celui qui enlevait des enfants ou des hommes libres pour en faire des esclaves. D’après la chronique, c’est un poète, victime de la copie de ses propres vers, qui a repris ce terme comme une image et lui a donné son sens nouveau. La comparaison, rapportée par la radio, assimile le vol de mots au vol d’êtres humains.
Une œuvre doit-elle venir d’une seule plume ?
Au-delà de la copie, qui relève du droit, et de la tromperie, qui relève de la morale, le plagiat soulève selon France Culture une question que les débats sur l’IA ont relancée : pour être authentique, une œuvre littéraire doit-elle forcément être unique et sortir d’une seule plume ?

L’écrivain belge Antoine Wauters y a répondu à sa manière, peu avant la chronique du 10 octobre 2026. Réagissant à la polémique, il a fait valoir qu’aucune littérature n’est pure : chaque texte, selon lui, s’alimente d’autres œuvres, de recherches documentaires, de lectures et de corrections. Homère lui-même, rappelle la radio, est un nom qui recouvre plusieurs poètes.
Le précédent de Houris
La chronique rappelle aussi la controverse de 2024 autour de Houris, roman de Kamel Daoud, écrivain algérien, couronné par le prix Goncourt. L’auteur avait été accusé d’avoir puisé, sans son accord, dans l’histoire personnelle d’une femme. France Culture indique que la justice a depuis rejeté la plainte. Pour la radio, c’est à cet endroit que l’histoire du plagiat rejoint celle de l’IA.
Ce que l’IA rend impossible à vérifier
La radio retourne ensuite les questions vers la machine. Quand une IA produit une phrase, de quelles sources se sert-elle ? Quelles œuvres nourrissent ses modèles, et quel corpus les compose, entre poèmes de l’Antiquité, romans plagiés et romans plagiaires ? Qui l’IA recopie-t-elle, et qui y a consenti ?
Dans l’hypothèse d’un roman écrit par une IA, ou avec elle, la question du plagiat se retrouve, selon France Culture, mise en abyme. L’originalité d’un texte issu de la machine ne pourrait pas être examinée, ce qui créerait un double problème de paternité : pour l’écrivain qui s’aide de l’IA, et pour le texte lui-même, que la chronique décrit comme le fruit composite d’un pillage numérique impossible à retracer.
Un roman qui s’est mieux vendu
La chronique revient enfin au roman de Thélyson Orélien en laissant ouvertes les deux hypothèses : qu’une IA y ait contribué ou non, qu’il y ait eu plagiat ou non. Selon France Culture, les ventes de C’était ça ou mourir ont progressé depuis que la polémique sur sa genèse a commencé, au point d’en faire le plus grand succès de la rentrée littéraire. La radio juge ce résultat unique en son genre.
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