À la BnF, une salle blanche et vide rend hommage à un roman sans « e »
Manuscrits, dessins, photos et objets retracent à la BnF l’univers d’un écrivain joueur, orphelin de guerre et membre de l’Oulipo, mort à 45 ans en 1982.
En bref
- L’exposition « Georges Perec, modes d’emploi » se tient à la BnF François Mitterrand jusqu’au 14 février 2027.
- Le parcours réunit 300 pièces réparties en six espaces inspirés des voyelles.
- Une salle « e », blanche et vide, rend hommage à La Disparition.
- Raphaël Meltz raconte les derniers mois de l’écrivain dans Cinq silences, chez Bayard.
La Bibliothèque nationale de France consacre à Georges Perec une exposition pensée comme un terrain de jeu, à l’image d’un écrivain pour qui la lecture engageait autant le lecteur que l’auteur. Intitulée « Georges Perec, modes d’emploi », elle occupe le site François Mitterrand et rassemble de quoi entrer dans une œuvre réputée savante sans en posséder les clés.
Une exposition qui se visite comme on joue
La BnF revendique une manifestation « ludique et interactive ». Le choix n’a rien d’un habillage : il prolonge une conviction que l’écrivain formulait lui-même.
« Ecrire est un jeu qui se joue à deux entre l’auteur et le lecteur. »
Georges Perec, écrivain
Selon les conservateurs, les manuscrits, les photographies, les dessins et les objets réunis doivent à la fois questionner le mythe qui entoure Perec et faire apparaître l’homme qui se tenait derrière les livres. Plus de quarante ans après sa disparition, l’auteur reste décrit comme influent, rappelle Franceinfo Livres.
Une salle vide pour une lettre absente
Le parcours se découpe en six espaces conçus sur le modèle des voyelles de l’alphabet. L’un d’eux résume à lui seul l’humour de l’entreprise : la salle « e » est entièrement blanche et ne contient aucune œuvre. Ce vide renvoie à La Disparition, le roman dans lequel Perec s’est privé de la lettre la plus courante du français. Le visiteur traverse ainsi physiquement la contrainte que le lecteur éprouve page après page.

Les livres à connaître avant d’entrer
Nul besoin d’avoir tout lu. Quelques repères suffisent pour mesurer l’étendue d’une œuvre qui passe du roman de société au jeu de langage :
- Les Choses (1965), premier succès de l’écrivain, qui l’installe dans le paysage littéraire.
- La Vie mode d’emploi, couronné par le prix Médicis en 1978, où s’exprime son ambition d’« écrire tout sur tout ». Le titre de l’exposition y fait écho.
- La Disparition, le roman sans « e », déjà évoqué dans le parcours.
- Alphabets, recueil de poèmes qui rappelle que Perec fut aussi poète.
- L’Oulipo, ou Ouvroir de littérature potentielle, groupe de recherche littéraire dont il fut membre et dont l’esprit de contrainte nourrit ses textes.
Les lecteurs curieux de ses débuts pourront aussi se pencher sur le premier roman de Perec, longtemps resté inédit.
L’homme derrière les contraintes
Les jeux de lettres ne doivent pas masquer une biographie marquée par la guerre. Perec a perdu ses deux parents enfant, et il liait directement l’écriture à cette perte : elle était pour lui « L’écriture est le souvenir » de ses parents, et aussi « l’affirmation de ma vie ».
- Naissance de Georges Perec.
- Son père est tué au début de la Seconde Guerre mondiale.
- Sa mère meurt dans les camps de concentration, à Auschwitz.
- Parution des Choses.
- Prix Médicis pour La Vie mode d’emploi.
- Il meurt d’un cancer du poumon, à 45 ans.
Cette fin précoce fait l’objet d’un livre récent. Dans Cinq silences, publié par Bayard, l’écrivain Raphaël Meltz retrace les derniers mois de Perec, un complément de lecture pour qui voudrait prolonger la visite du côté du récit.
Photo : Ron Lach / Pexels
