Antoine Guedeney voit dans le bébé un acteur de l’échange

Dans son livre, Antoine Guedeney décrit des bébés qui lancent l’échange, font rire et imitent pour apprendre. Il en parle sur France Culture.

Maëlle Pinson Par Maëlle Pinson
3 min de lecture
Antoine Guedeney voit dans le bébé un acteur de l’échange
Pour illustrer un bébé acteur de l’échange : un jeune enfant rit en regardant la balle que lui présente un adulte, dans une pièce de vie.

En bref

  • Antoine Guedeney décrit le nourrisson comme un partenaire social qui apprend vite.
  • Selon lui, le rire sert à attirer les adultes et à les garder proches.
  • Des repères du développement vont du sourire matinal au tournant des 18-20 mois.
  • Il met en garde contre les écrans et les ruptures d’attention.

Un nourrisson n’est pas un simple spectateur : d’après le pédopsychiatre Antoine Guedeney, il va vers les adultes, déclenche l’échange et apprend à leur contact. Ce psychanalyste de l’hôpital Bichat, à Paris, par ailleurs professeur émérite à l’université Paris-Cité, a écrit Le génie des bébés (Odile Jacob, 2026). Il en a présenté les idées dans l’émission Les Clés de l’enfance, sur France Culture.

Intitulé « L’univers mental des bébés », l’entretien a été diffusé le mercredi 14 octobre 2026 et dure 16 minutes. Louise Tourret y interroge l’auteur. Auparavant, l’émission avait reçu Mathieu Roger-Lacan, auteur de Une langue à soi (Stock, 2026), ainsi que trois lycéennes. L’échange avec Antoine Guedeney porte sur le rire, l’imitation et la conscience de soi, ainsi que sur le poids des interactions.

Des apprenants qui provoquent l’échange

D’après la présentation de l’émission, les nourrissons se savent engagés dans un lien avec l’univers social autour d’eux et se montrent des apprenants redoutables. Loin de subir, ils lancent eux-mêmes les échanges, en particulier grâce au rire, afin de capter l’attention des adultes et de comprendre comment le monde fonctionne.

Antoine Guedeney le formule ainsi : « Les bébés sont des machines phénoménales à apprendre, et c’est ce qu’ils font en nous faisant rire, ce sont les bébés qui rient le plus parmi les humains. » Il poursuit : « Ça marche fabuleusement bien : c’est pour nous attirer à eux et nous garder proches d’eux. » Le caractère voulu de ce rire relève de son interprétation de pédopsychiatre.

Un bébé assis sur un sol clair mord un petit objet noir, avec une peluche coccinelle rouge et noire posée devant lui.
Un bébé assis sur le sol d’un intérieur lumineux, une peluche coccinelle posée près de lui. Photo : Gustavo Fring / Pexels

Autre point mis en avant : l’imitation des tout premiers jours, que des théories anciennes avaient longtemps écartée, est présentée comme un ressort fondamental de l’apprentissage.

Des repères du sourire matinal aux 18-20 mois

La présentation décrit un développement balisé par des repères biologiques et comportementaux que porte le patrimoine génétique. Deux bornes sont citées :

  • le sourire matinal, au début du parcours ;
  • le carrefour des 18-20 mois, qui marque une étape de grandes acquisitions.

Écrans et ruptures d’attention

Selon la présentation, la présence constante d’appareils connectés, smartphones en tête, fragilise la qualité des échanges dont les nourrissons ont besoin. Quand l’adulte se montre peu attentif ou que la communication se coupe à répétition, le tout-petit reçoit un message néfaste, qui peut le conduire à se replier ou, plus tard, à préférer des relations virtuelles. Cette mise en garde est formulée comme un risque, et non comme un effet démontré.

La même présentation juge donc essentiel de préserver une présence attentive et joueuse pour soutenir l’équilibre de l’enfant.

Antoine Guedeney plaide pour un temps qui ne se limite pas aux soins : « Je crois que les enfants ont besoin qu’on passe du temps avec eux, pas seulement pour les soigner, pour les changer, leur donner à manger », dit-il. Dans la suite de ses propos, il décrit ce temps comme un moment libre, sans visée éducative, où l’on est simplement heureux d’être ensemble.

Photo : George Pak / Pexels