Le 3 juillet 1940, la Royal Navy ouvre le feu sur un ancien allié, et une BD le raconte

Aubry Palouzier et Lucas Di Nallo reviennent sur le bombardement britannique de la flotte française en Algérie, avec un album financé par ses lecteurs.

Jean-Pierre Noël Par Jean-Pierre Noël
3 min de lecture
Le 3 juillet 1940, la Royal Navy ouvre le feu sur un ancien allié, et une BD le raconte
Tourelle d’artillerie lourde d’un cuirassé, témoignant de la puissance navale engagée lors des affrontements maritimes de la Seconde Guerre mondiale.

En bref

  • Le scénariste Aubry Palouzier et le dessinateur Lucas Di Nallo signent l’album La Bataille de Mers el-Kébir.
  • Le récit évite la lecture manichéenne et s’attache aux hommes pris dans l’affrontement.
  • L’ouvrage est porté par l’association Mémoire Marine, qui l’édite et le diffuse elle-même.

Le 3 juillet 1940, des bâtiments français mouillés à Mers el-Kébir, en Algérie, ont essuyé les tirs de la Royal Navy, alors que Paris et Londres combattaient côte à côte quelques semaines auparavant. Aubry Palouzier, qui signe le scénario, et Lucas Di Nallo, au dessin, tirent aujourd’hui de cet épisode un album, La Bataille de Mers el-Kébir, que ActuaLitté a présenté le 22 octobre 2026.

Un ordre de tir contre un ancien allié

L’épisode se joue en quelques jours à peine. La France a signé l’armistice, et Londres s’inquiète du sort de ses bâtiments de guerre : la crainte est qu’ils passent aux mains de l’Allemagne nazie. Les négociations menées sur place n’aboutissent pas, et l’ordre d’ouvrir le feu tombe.

  1.  : l’armistice est signé.
  2.  : les forces navales du Royaume-Uni arrivent face à la base de Mers el-Kébir, à proximité d’Oran.
  3.  : après l’échec des pourparlers, la Royal Navy reçoit l’ordre de tirer sur son ancien allié.

La attaque dure peu de temps mais se révèle d’une extrême brutalité. Le cuirassé Bretagne saute, se retourne et sombre en quelques minutes seulement. Le Dunkerque ainsi que la Provence subissent de lourds dégâts, alors que le Strasbourg parvient à sortir de la rade. En tout, environ 1300 marins de France meurent ce jour-là. Au-delà des questions diplomatiques et militaires, c’est avant tout un drame humain, et les auteurs de l’album adoptent ce point de vue.

Un album centré sur les hommes

Selon Palouzier et Di Nallo, leur souhait est de redonner les circonstances qui conduisent au choc, sans enfermer Mers el-Kébir dans une vision en noir et blanc. Les choix des responsables politiques et des chefs militaires composent l’arrière-plan de l’histoire. Devant, ce sont les marins que l’on suit, pris dans des événements qu’ils n’avaient pas voulus. L’album poursuit donc deux buts : rendre abordable un moment complexe et encore peu connu de la Seconde Guerre mondiale, et prêter un visage à ceux qui l’ont traversé.

Cette orientation repose sur une importante recherche documentaire. Livres d’histoire, clichés, fonds d’archives, schémas et sources sur la marine ont été comparés afin de restituer très fidèlement les navires, les tenues, les décors et le déroulé des faits. Dans une histoire où la silhouette des cuirassés pèse autant que les visages des équipages, cette rigueur du dessin fait partie de ce que l’album promet.

Mémoire Marine, l’autoédition et la campagne Ulule

Afin que le livre voie le jour, les deux auteurs ont créé l’association Mémoire Marine, qui se charge de l’éditer et de le distribuer. En s’autoéditant, ils gardent le contrôle du contenu et de l’image, mais doivent assumer seuls le coût de fabrication. C’est pourquoi ils ont lancé un financement participatif sur la plateforme Ulule.

5 000 eurospremier objectif de la campagne, destiné à contribuer au lancement de l’impression
1 500 exemplairestaille du premier tirage envisagé

Concrètement, la campagne propose plusieurs possibilités :

  • précommander l’album selon différentes formules, avec retrait ou expédition ;
  • accompagner le projet avant même l’impression, la campagne constituant une première rencontre entre le livre et ses futurs lecteurs.

Une fois sorti de l’imprimerie, l’album doit trouver ses lecteurs par la vente en direct, chez les libraires et lors de rendez-vous dédiés à la bande dessinée, à l’histoire ou au patrimoine de la mer.

Mémoire Marine revendique un objectif de transmission : honorer le souvenir des marins et amener un public élargi à connaître ce moment singulier des relations entre la France et le Royaume-Uni. L’album relève ainsi d’une édition indépendante où les auteurs restent maîtres du projet, du dessin des planches jusqu’à la distribution.

Photo : Joseph Fuller / Pexels