Une suite qui a ressuscité Javert et coûté sept ans de procédure
Un transformiste en 1897, un benshi à Tokyo, un Javert ressuscité au tribunal : le roman de Hugo a inspiré des adaptations plus étranges que les films.
En bref
- Le film de Fred Cavayé, avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, sort le mercredi 14 octobre.
- Plus d’une cinquantaine de films adaptés du roman sont recensés en France et à l’étranger.
- Manga, animé, bande dessinée et jeux vidéo ont aussi puisé dans l’œuvre de Victor Hugo.
- Une suite romanesque avec un Javert ressuscité a donné lieu à sept ans de procédure.
Chaque génération a eu « ses » Misérables, et le film de Fred Cavayé ne fait qu’en ajouter une. Selon Franceinfo Livres, plus d’une cinquantaine de films tirés du roman sont recensés. Parmi eux figurent la version d’Henri Fescourt en 1925 (huit heures et demie de bobines muettes), celle de Jean-Paul Le Chanois en 1957, celle de Robert Hossein en 1982 et celle de Claude Lelouch en 1995.
Le théâtre a devancé tout le monde : la première pièce date de 1878 et porte la signature de Charles Hugo, fils de l’auteur. La comédie musicale d’Alain Boublil et Claude-Michel Schonberg a ensuite connu un succès mondial, et son adaptation filmée de 2012 a récolté trois Oscars, avec Hugh Jackman en Valjean et Russell Crowe en Javert.
Du transformisme au benshi, les premières images
- Les frères Lumière tournent environ 50 secondes : un acteur se métamorphose, à coups de chapeaux et de fausses barbes, en Victor Hugo, Valjean, Myriel, Thénardier puis Javert.
- Une première adaptation japonaise voit le jour, aujourd’hui perdue.
- Albert Capellani signe la première version complète : 3 445 mètres de bandes, plus de six heures de film muet, le plus long jamais réalisé à l’époque.
- Ah ! Ah ! Mujo transpose l’histoire dans le Japon de l’époque. Quelques bobines ont survécu au séisme qui a ravagé Tokyo cette année-là.
Dans Ah ! Ah ! Mujo, Javert devient un tortionnaire de la police impériale et Valjean, vagabond en haillons, est joué par une star du théâtre japonais. Les séances étaient accompagnées d’un benshi, artiste qui commentait les images en direct, lisait les intertitres et incarnait tous les dialogues. Au début des années 1920, ces conteurs étaient parfois plus célèbres que les réalisateurs ou les acteurs.
Manga, animé, BD : quelle porte d’entrée ?
| Support | Ce qu’il propose |
|---|---|
| Manga de Takahiro Arai (2015) | Huit volumes pour un public adolescent, d’après une traduction japonaise classique, salués unanimement pour leur respect de l’œuvre. |
| Animé (2007) | 52 épisodes, jamais doublés en français. |
| BD de René Giffe | Fresque très fidèle parue dans l’hebdomadaire Tarzan de 1946 à 1949. |
| BD d’Eric Salch | Version plus personnelle. |
| Disney, Le Mystère des chandeliers (1991) | Chasse au trésor avec Daisy en Cosette et Picsou en ancêtre « Valjeanjean ». |
Curiosités : jeux, plongeons et suite contestée
- Arm Joe : jeu de combat indépendant en 2D, passé inaperçu en 1998, exhumé plus tard par des internautes. On y croise un « Robojean » et un lapin en peluche maître de kung-fu.
- Cosette’s Fate (2018) : présenté comme la première adaptation sur PC. Une autre tentative vidéoludique est attendue début 2027.
- Javert en 1978 : dans un téléfilm américain, Anthony Perkins se jette dans la Seine, une scène qui amuse les fans sur internet.
En 2002, François Cérésa publie chez Plon Cosette ou le temps des illusions, où Javert est ressuscité, puis Marius ou le fugitif. Les héritiers de Hugo jugent l’œuvre dénaturée. Après procès, appel, cassation et nouveau procès, la justice donne raison à l’éditeur, qui salue une décision « capitale pour la liberté d’expression ».
Depuis, des écrivains contemporains ont transposé de nos jours Le Comte de Monte-Cristo de Dumas ou prolongé Bel-Ami de Maupassant.
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